La corde

Ce serait facile. J'irais chez Seeonee à Ottignies. Je demanderais 3 mètres de corde statique de 8 millimètres. J'irais sur la fiche permettant d'apprendre le nœud. Je l'imprimerais tôt le matin afin que ça ne se voit pas. Je partirais en train peu de temps après. J'irai le plus loin possible dans un recoin de mine inaccessible, a priori au Luxembourg car c'est là que l'on trouve les ermitages de solitude les plus éloignés de tout. J'attacherais la corde à une poutrelle en acier.
J'y ai songé.
C'est réconfortant d'y songer.

Tout ce que je puis dire, c'est que je ne ferai pas ça à ceux que j'aime. Je ne ferai pas ça à mes parents. Pas ça à mon frère. Pas ça à mes amis. Pas ça à la personne que j'ai aimé. Ce n'est pas bienveillant.

Il faut rester bienveillant. C'est beau comme ça.

Je crois que je suis dans une souffrance extrême.
Je ne suis même plus sûr que c'est vraiment ça, tant je m'enfonce.
Dans le fond, j'ai un immense manque d'affection. C'est d'abord dû au fait que je n'ai cessé d'injecter de la haine en moi, comme l'écrit Louise Hay. J'ai un immense manque d'affection. Fragile, combien d'années ont été marquées par mes pleurs, devenant-je pour ainsi dire insensible à moi-même, et dès lors insensible à tout le monde, tant il fallait se protéger de la souffrance qui ne cessait de m'attaquer, puissante et régulière. J'ai un immense manque d'affection et je n'ai pas réussi à calmer ma haine, même aujourd'hui, même après lire : ça me parait artificiel, parler à un étranger, parce qu'au fond, même quand j'essaie de m'aimer du mieux que je le peux - maladroitement mais sincèrement - je manque d'affection. Je me sens seul. Le seul qui fait mal, pas le seul des causses Méjean ou Sauveterre.
J'ai un très long chemin à faire.

J'ai mal.

Je suis en détresse.

Le bruant jaune





Alors c’est pour ça que je ramasse quelques fleurs de campagne. Elles apportent la gaité. Témoignage d’une juste spontanéité, autant que possible de joie toute simple. Le reste on s’en moque à foison et tant et si bien qu’elles sont belles ainsi, les fleurs. Tu as reçu un flot énorme de noirceur de ma part. Je ne m’en excuse pas car toi-même tu sais qu’après la nuit il y a le lever du jour et que souvent, ces lumières-là sont splendides. La nuit est utile au jour. Cela s’appelle une renaissance en quelque sorte, encore que de placer des mots dessus ça n’a qu’une piètre importance. Puisse la mienne contribuer à la tienne. Je n’y vois aucune valeur fixe, quand bien même microscopique voire nanoscopique, seulement une fleur du bord de chemin, et qui sait comme ça va la vie…
Le chant d’un bruant jaune qui s’offre à toi.


Le bois des rêves

Assis sur une des marches de l’école des trois pommiers, j’écoute le temps passer au gré du chant des oiseaux. Le ciel est gris plombé. La lumière ne filtre qu’à peine au travers des épais nuages. Une brume poisseuse colle au sol et s’infiltre dans les interstices des marches d’escalier. Le monde autour est d’une obscurité profonde, le jour ne se lèvera pas aujourd’hui. Cela n’éteint pas la lumière de toi qui rayonne de mes membres. Le soleil n’a pas besoin d’éclairer pour que ma journée soit éclatante de toi – ni même ton absence ne peut ternir. Car la beauté n’est pas dans l’amour accompli mais à l’amour porté. Cette affection est celle d'un enfant. On l’attend ou même, on ne l’attend pas ; on la laisse venir. L’espoir fait vivre est une attente ; tout espoir est une requête, une impatience, un élan des corps vers un autrui, un autrement. Dans l’espoir l’amour se niche, mais surtout, il se coince, il se fait pincer dans un étau d’attendus. L’éclatant n’attend rien, il brille pour briller, il se fait le plus beau pour les oiseaux et les nuages du ciel – c’est peut-être uniquement une question d’authenticité. Dans ses pensées, on est honnête avec soi-même, le cœur ne se compromet pas de convenances. Malgré ton absence, ce matin comme toujours, ce matin comme demain, ce matin comme trois ans le soir du panneau du bois des rêves, ton existence est une lumière sur un chemin, comme la lueur au bout du tunnel.

Un tunnel qui résonne longtemps de l’absence de tes mots de réconfort, un partage qui ne tombera jamais. Car il y a le mur à briser, celui d’une société qui enferme les fragiles, les juge et les cloisonne. Une affection qui n’est pas donnée les mains ouvertes ne se trouve pas pour autant perdue. Au contraire. Elle devient immense. Comme l’eau retenue sur la pente des montagnes, au printemps les paysages se gorgent de torrents, la fonte des neiges nourrit et apaise la nature qui a résisté de longs mois. Tu es la chute d’eau dans un paysage montagneux, tu es le fleuve qui traverse la ville repliée sur elle-même, tu es la mer – l’étendue sans fin – tu es mon océan aux mille reflets chatoyants.

L’amour est une multitude de fleurs minuscule qui colore les ondes verdoyantes des collines, dont on ne sait imaginer la fin. L’amour n’est pas un grand témoignage monolithique, c’est une accumulation incessante de petites attentions bienveillantes. C’est une fragilité qui éventre les terres et en sort un arbre. Mon amour pour toi est la couleur d’un tilleul en été.

Penaud de ton absence – mais que pourrait-il être d’autre dans un cœur où tu ne fus pas invitée assez – je dirigerai mes pas vers un retour, avec pour seul intention celle que mes ondes te bercent, te réchauffent, t’accompagnent et te protègent. L’absence de toi est un fantôme dans lequel j’écris en transparence le plus pur de mon âme. La nuit en rêve, ces phrases sont transportées pour rejoindre l’inaltérable, le silence intime de tes songes. L’obscurité des nuits sans lune, ce sont des armées entières de porteurs d’amour qui sillonnent les routes, les rails, les mers. Ils profitent de ces moments de discrétion pour transiter inaperçu. Des mots de tendresse, c’est précieux. C’est rare. C’est si beau que c’est irremplaçable. Alors, il ne faut pas se les faire voler. Les voyageurs de la nuit le savent bien. Ils font ça afin d'enrayer la tristesse de notre monde.

Aux tous premiers jours, le bois des rêves était un symbole, celui d’être tien. On n’appartient pas aux gens, on appartient à leur tendresse. Posséder n’existe pas, les prisons ont des barreaux d’argile qui ne tiennent pas aux ailes de l’enfance. On possède uniquement ce que l’autre nous donne. Et puis, mois après mois, les pluies hivernales ont fini par délaver les lettres sur l’enveloppe, ne laissant qu’une trace en filigrane. Il ne restait qu’une écriture pâle, presque diaphane, mais jamais ces mots n’ont pu être effacés.

Les nuits sont devenues d’encre et peu à peu, tu as disparu dans l’épaisseur épaisse – presque liquide – des brumes. Les premiers jours se sont dissipés, le bois des rêves est revenu au silence, celui qu’il aurait toujours dû garder. Alors, quand l’intime se meurt, il s’écrit. On couche sur le papier ce qu’on ne sait plus vivre. La vie s’éteint quand les derniers amours ne trouvent plus aucune nuit pour s’échapper au fil des rues.

On croit pouvoir tenir le coup à l’absence d’un être cher. En réalité, on ne fait que remplacer, le corps fatigué, ce que le manque ronge. Les vides sont des acides brûlants qui se dispersent dans les moindres recoins. C’est pour ça que les gens seuls ont mal au cœur. On peut penser tenir bon, mais à un moment appelé le bout de l’épuisement, l’humain s’effondre. Il est très difficile de remonter de cette tristesse. Une âme rongée n’est plus jamais la même. Après.

C’était l’un de ces soirs de peine, en rentrant la peau plein d’échardes de ne pas te voir, que le tunnel de la gare m’inspira une profonde répulsion. Les murs sont maculés de toutes sortes d’inscriptions grossières et laides. Plutôt que de faire place à de la poésie, ces gens préfèrent gâcher leur environnement avec de la saleté. Pourquoi ? N’est-ce pas plus gratifiant de porter pour le bonheur ? Un béton aux couleurs livides. A peine rentré à la maison, obnubilé par une idée fixe : trouver les mots pour te rendre hommage, les mains se sont mises à courir sur le papier, épanchant dans l’encre noire le plus grand chagrin ; celui de ne pas connaître l’odeur de tes cheveux – un doux baiser avant de partir dans l’univers des songes.

Il fallut plusieurs semaines pour que les mots les plus importants trouvent leur place, en achèvement d’un texte monolithique ; la dernière phrase est celle de l’épuisement, après il n’y a plus rien que toi. On peut écrire des heures durant la vie dans ses détours les plus alambiqués, le sentiment lui ne s’entoure pas de paroles vaines, il est bref et limpide. La pureté d’une tendresse se mesure à son usure : elle est bonne quand il ne reste rien d’autre que le corps de l’âme. Alors, elle est fine, tant d’ailleurs qu’elle ne reste que fragilité. C’est peut-être ça les couples qui se perdent, c’est la colère qui casse le précieux. C’est la colère qui tord la tendresse pour en faire des nœuds. Un amour simple est une ligne irréprochable de pureté, un amour beau est un parcours aux combes profondes et courbes vallonnées. Aimer, c’est protéger en soi la fragilité de son autre.

Nous nous sommes perdus. Lorsque mes mains virevoltaient sur le papier, mes doigts chantaient ton nom. Dans une étape ultime de manque, ne faisant qu’attiser l’amour au creux du cœur, lui devenu comme une chaudière brûlée à blanc sous le souffle incessant de ta respiration dans mes rêveries, l’existence s’est tournée vers toi dans la moindre parcelle de lumière. On tire à soi tout ce qui peut faire croire que c’est vrai. Même si dans le fond, ça ne l’est pas. Le sens d’une vie est de trouver un équilibre – même précaire, même temporaire – le manque a creusé jusqu’à rendre le corps diaphane ; si seulement tu savais, si seulement tu pouvais savoir. Des vandales allumeront un feu avec ces feuilles et cela dévorera mon dernier reste de toi. Alors vraiment, à ce moment, je serai seul. Ça sera dur. Inéluctablement, ça arrivera.

Au petit matin, un pinson a chanté une trille. Il a ensuite disparu loin dans la forêt. Il fut la signature, peut-être même l’épitaphe.

Une immense envie de tout arracher est venue germer en toi. Ces mots t’appartiennent. Aimer ça ne s’écrit pas. Écrire c’est lutter contre un oubli et oublier, si fort, c’est laisser mourir des terres devenues stériles en soi. Un sentiment de haine a aussi tenter de galoper dans tes veines, car est-ce que tu mérites ça, le poids de ce trop grand ? Plutôt que de t’élever vers les cieux, la terre du bois des rêves s’est effondrée et a enlisé tes pieds. L’indifférence est un feu qui brûle l’existence. Ces mots sont une lutte immense contre, une main douce et attentionnée.

Au moins, et c'est peut-être la dernière chose à dire, tu sais que quelque part en secret, tu es quelqu'un dans un cœur. Dans les pires doutes et les pires tristesse, la mémoire te rappelle que tu n'es pas personne. On est nombreux à n'être que des anonymes en solitude. Dans un lieu silencieux replié sur lui même, une forêt qu'on appelle le bois des rêves, il existe au pied d'un arbre immense, peut-être un chêne, un témoignage que seuls les siècles effaceront. Et encore... Il y a peut-être quelque chose d'inaltérable là-dedans, ça doit être ce qu'on nomme le précieux de l'existence : la tendresse. Dans un caillou du Méjean enterré au pied d'un arbre à l'écorce craquelée. A jamais à toi.

Quand la nuit enveloppera peu à peu la rue, une brume épaisse et blafarde envahira les trottoirs, le tumulte se taira. Je profiterai une dernière fois de cet instant de silence pour passer devant la maison le jardin. Je ne m'arrêterai pas. Ce sera seulement un court instant. Alors, j'enverrai au travers du bois, la pierre et l'acier, les dernières ondes positives en ma possession. Je prierai de tout cœur pour que cela te touche. Ça sera comme une espérance, que tu aies un futur chargé de bonheur, un amour puissant, et tout ce qu'on peut souhaiter à quelqu'un qu'on chérit. A cet instant alors – dans très peu de temps – je quitterai la ville sans me retourner, pour une destination solitaire lointaine. Seulement quand cela te sera donné, avec la sensibilité d'un cœur meurtri, alors oui seulement je pourrai me permettre de partir.

Le feu de la Saint-Jean



Il s'agit du soir où j'ai perdu mon amour. Mon immense amour.

A mon regard, l’aventure n’est pas éloignée. Il n’est pas nécessaire de partir au bleu puissant des Seychelles, bien que ce dernier soit probablement simplement magnifique. En bref exemple et c’était la semaine dernière, après avoir effectué un passage à la gare d’Ottignies, je suis parti quelques instants à proximité des bois avant d’aller au travail, six heures et quelques le matin : à Ottignies tout de même, c’est tout-petit-tout-petit comme un pipi de kiwi. Et là, il y eut la rencontre inopinée avec un renard qui gambadait, qui passa de longs instants à échanger des regards, à trois mètres ; dans mon encore-aveuglement visage de ce jour-là je le qualifiais intérieurement d’idiot car il vivait sans précaution, j'aurais pu être un chasseur. Je dois dire que j’étais touché par sa beauté ondulante, mon absence-de-capacité-à-profiter a travesti mon regard (l’a altéré), j’ai intérieurement jugé l’animal, alors même que la première chose qui s’offrait était celle d’une aventure qui n’est pas éloignée, infiniment simple, infiniment belle et infiniment intimement proche. Et il faut dire, sans être acerbe car c’est une terre de stérilité, que jusqu’à présent ma vie fut de ce regard-là.

Un saut de puce en arrière m’amène au sein d’une école, où en soirée est allumé le feu de la Saint-Jean. Après avoir crépité, le bois devient braises, ces dernières sont tapissées en une assez longue ligne au sol. Une abondante file de personnes se forme, des adultes comme de très jeunes enfants. Seul ou en couple ou en groupe, toutes ces personnes courent brièvement puis sautent au-dessus du feu. Il est parfois impressionnant (voire très inquiétant) de voir de tous petits, maladroits, frôler les braises en sandales de ce soir d'été, mais pourtant cela se passe sans infortune.

Pourquoi font-ils ça ?

Une personne m’explique alors qu’il s’agit d’un acte symbolique émanant d’une ancienne tradition. Le saut au-dessus du feu est un acte de purification. Il s’agit de chasser le mal. De la sorte, les gens brulent le mal, en eux, de certaines choses passées. Ils sautent en émettant un vœu qui leur est cher, inévitablement il est facile de comprendre que certains sautent chaque année, cela s’additionnant au simple fait que certains des présents de ce soir-là ont sauté de nombreuses fois de suite, une dizaine de fois peut-être mais c’est dur à dire.

Et moi j’ai sauté. Moi aussi. Une fois. Sans émettre le moindre vœu.


Afin d'écouter le feu de la Saint-Jean.


C’est le lendemain de cette soirée-là que tout s’est effondré. En aucun cas on emporte le feu avec soi. Cette soirée fut ce qu’elle fut, qu’elle soit banale ou indispensable qui sait, d’un regard altéré ou pas – quelque part en réalité peu importe, mais on en garde une huile essentielle, qu’on le veuille ou non.

J’ai sauté, donc, sans vœu. Si je devais me déplacer dans le monde-d’avant, j’aurais émis quel vœu ? Je dois le dire sans ambages, j’aurais dit au feu de brûler mon échec et de vite retourner dans les terres cantaliennes, au hameau du Fau, là où un berger Jacques m’a hébergé et protégé lors d’une nuit de grosse tourmente neigeuse, puis en outre de recommencer ce séjour que j’ai « raté ». Seulement le feu existe depuis toujours, et de son grand âge, il a de l’expérience. A lui donner ce vœu, il n’aurait en rien permis que je retourne là-bas, vite comme je l’aurais demandé impérieusement comme un enfant capricieux : il aurait brûlé le mot « échec », car ce n’en est pas un. C’est mon regard qui a fabriqué ce mot échec. C’est mon regard qui a transformé le renard en un idiot. Mais comme je n’ai pas parlé au feu, voire même je dirais, comme je n’ai pas prié de tout mon cœur envers lui, il s’avère simplement qu’il n’a rien brûlé. C’est normal. Il m’a simplement vu passer et ça n’a servi à rien. Beaucoup de choses dans la vie ne servent à rien et honnêtement ce n’est pas grave. Mais là. Disons que là, oui en l’occurrence c’était grave.

Enfin voilà.

Lors d’un accident on revit mille fois la scène. On se voit et l’on se dit : j’aurais tourné à droite à temps, ça aurait été.

C’est comme ça.

Car disons-le simplement, de sauter sans vœu, de s’inquiéter pour de très jeunes enfants, le feu s’en moque, le feu se débrouille très bien sans nous, même les très jeunes enfants se débrouillent très bien, preuve en est. Le monde d’avant s’est écroulé le lendemain de ce soir en question. Je ne crois pas que le feu se soit vengé de mon quelque-part-mépris, il a simplement émis le souhait que maintenant comme l’année prochaine, il faudrait que ça soit différent. Ce serait bien, tout de même. Après, il a dit ça comme le conseil doux d’un vieil être qui a de l’expérience. On en fait ce qu’on veut.

Car en fin de compte le renard n’était pas idiot (ou si jamais c’était le cas, pourquoi pas, c’était bien) mais le renard était beau. Car en fin de compte le Cantal ce n’était pas un échec, c’était la nature, et la nature c’est bien. On y trouve sa place, ou bien en certaines occasions elle est plus forte que l’humain. Quand cette situation se présente, il est bien sain d’accepter que ce n’était pas le bon moment. Et s’il s’avère que ce sont les deux bêtes exemples du moment, ils sont ceux de cet instant saillant, toute la vie n’est autre ou ne fut autre que ces choses-là, ailleurs mais pareilles.

Cela explique que je ne mépriserai plus jamais intérieurement une Saint-Jean, et que même au-delà, il serait sain que j’y revienne : le plus urgent serait l’année prochaine mais je ne sais pas si j’en serai capable, mais soit tout est possible. Donc une chose est certaine, c’est que lorsque le ciel est bleu, il est bleu et pas gris. C’est mon regard qui par trop d’années durant a fabriqué le gris, amenant toutes sortes de vues pessimistes sur des situation rayonnantes. Et donc s’il y a bien une huile essentielle de ce soir-là auprès du feu, c’est que l’avenir ne sera pas pareil. Une indispensable transformation du regard, du vécu, qui fera un immense bien à mon entourage.


La brisure a révélé beaucoup de choses : dans les roches il y a un miche-mache de toutes infinités : des traces de mélanges, des inclusions, des grenats aussi, de gros trous aussi.

Et lorsqu’il s’est avéré de recoller en urgence, dans le but de faire tenir l’édifice, cela n’a pas marché. Non pas que les blocs éparpillés étaient broyés si fin que ce n’était plus que poussière. Non pas que cette roche, la mienne, mon corps, soit si fragile que la colle ne soit finalement plus que le seul liant, et qu’au-delà même il y ait nettement plus de colle que de roche (je crois sans juger qui que ce soit que cet aspect arrive à beaucoup de monde). C’est pourquoi les roches brisées au sol sont encore là. Brisées et éparpillées. Parce que les murs n’empêchent pas les inondations et personne n’aime subir une inondation.

Un objet fin, ça dépend comment on le regarde, il se trouve qu’on peut quasiment ne pas le distinguer si l’on regarde sa tranche, il se trouve qu’il peut simplement être gigantesque si l’on regarde sa face.

C’est au prix à payer de tout cela, minuscule ou bien immense selon le regard qu’on y donne, qu’il faut imaginer l’avenir.

De revivre

L'âme brisée gît au sol telle un tas de cailloux. La terre stérile ne porte plus de plantes, la surface est ravagée par les brûlures. Ce fut le 25 juin de cette année 2017. Je suis une centrale nucléaire qui a pété. Des petites gens malheureux courent partout afin de bétonner et d'empêcher les fuites. La pollution est la dissémination du chagrin dans l'environnement proche. On se donne pour mort. On se dit bien des fois que tout de même, ce serait plus facile. Et pourtant reviennent les lichens colonisateurs. Quelle sera la Revie de cette âme calcinée ? Cet espace temporaire en offre quelques bribes, telle une existence désormais devenue celle d'un filet à cœur : attraper le bonheur partout où il en traine, quand bien même il est minuscule.